Lettre ouverte depuis la prison civile d’Aleg le 20 août 2015

Biram Dah Abeid depuis sa prison en 2015Lettre ouverte de Biram Dah Abeid, président d’IRA Mauritanie, depuis la prison civile d’Aleg le 20 août 2015 :

 

« Je m’appelle Biram Dah Abeid. J’ai voué ma vie à la lutte contre l’esclavage, l’impunité et l’injustice. C’est une promesse que j’ai faite à mon père, qui a épousé une esclave et a vu sa famille déchirée par l’esclavage. Aujourd’hui, je vous écris du fond d’une prison dans laquelle j’ai été jeté pour avoir appelé à la fin de cette pratique cruelle. Mon pays, la Mauritanie, a le pire problème d’esclavage de la planète. La majorité des esclaves sont des Haratines (nom donné aux esclaves et anciens esclaves), communauté représentant 50% de la population mauritanienne. Les bébés naissent sous la coupe de leurs maîtres, et sont contraints de les servir toute leur vie. En octobre 2008, j’ai pris la décision de créer IRA Mauritanie (Initiative de Résurgence pour le Mouvement Abolitionniste), une association indépendante, pacifique et non violente dont le but premier est de délivrer notre pays du fléau de l’esclavage.

Malgré le soutien de la communauté internationale, nos nombreux sit-in et nos manifestations pacifiques, notre organisation, l’IRA Mauritanie, n’est toujours pas reconnue par le gouvernement de Mauritanie. Au contraire, nos membres ont été harcelés, torturés, jugés, condamnés et emprisonnés pour appartenance à une organisation illégale. Je suis moi même derrière des barreaux depuis novembre dernier, avec mon adjoint Brahim Bilal. C’est la troisième fois que l’on me jette en prison pour avoir dénoncé l’esclavage.

Le gouvernement a adopté des lois qui menacent toute personne investie dans l’exploitation d’esclaves de sanctions, mais en pratique il ne fait que piétiner nos efforts pour mettre fin à l’esclavage. Mon gouvernement veut me réduire au silence, et me diabolise, me persécute, me jette en prison, et espère me voir abandonner et quitter le pays. Néanmoins je refuse de céder à leur chantage. Pour mettre un terme à cette souffrance, il nous faut plus que des déclarations de la communauté internationale: nous avons besoin d’actions fortes. Les leaders de l’Union européenne et des Etats-Unis d’Amérique entretiennent des liens étroits avec le gouvernement de Mauritanie.

Depuis ma sinistre cellule, je les appelle à mobiliser tous les moyens légaux et diplomatiques, y compris la suspension de toute aide financière, pour inciter le gouvernement à arrêter la répression et agir réellement pour éradiquer l’esclavage, ainsi que le racisme et l’exclusion qui le sous-tendent. Je refuse de jeter l’éponge. Je refuse d’être réduit au silence. Je refuse de me soumettre au dogme qui légitime l’exploitation de l’esclavagisme ici. Je refuse d’abandonner mon pays et ceux dont la vie est ruinée par l’esclavage. Aujourd’hui, j’appelle le monde à soutenir notre lutte pour la liberté. »

 

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Open letter from Biram Dah Abeid, President of IRA Mauritania, from Aleg civilian prison, 20 August 2015:

My name is Biram Dah Abeid. I have devoted my life to the struggle against slavery, impunity and injustice. This is a promise I made to my father, who married a slave and had his family torn apart by slavery. Today I am writing to you from the depths of a prison into which I was thrown for calling for the end of this cruel practice. My country, Mauritania, has the worst slavery problem of on the planet. The majority of slaves are Haratins (a name given to slaves and former slaves), representing 40% of the Mauritanian population community. Babies are born under the control of their masters, and are forced to serve them all their lives. In October 2008, I took the decision to create IRA Mauritania (Resurgence of the Abolitionist Movement Initiative), an independent, peaceful and non-violent association whose main goal is to deliver our country from the scourge of slavery.

Despite the support of the international community, our many sit-ins and our peaceful demonstrations, our organization, IRA Mauritania is still not recognized by the Government of Mauritania. On the contrary, our members have been harassed, tortured, tried, convicted and imprisoned for belonging to an illegal organization. I am myself have been behind bars since last November, along with my assistant Brahim Bilal. This is the third time that you have thrown me in jail for denouncing slavery.

The government has passed laws threatening to punish anyone involved in the exploitation of slaves. In practice, however, it has merely trampled on our efforts to end slavery. My government wishes to silence me and demonizes me, persecutes me, throws me in jail, and hopes to see me give up and leave the country. Yet I refuse to give in to their blackmail. To put an end to this suffering, we need more than declarations from the international community: we need strong action.

The leaders of the European Union and the United States of America have close ties with the government of Mauritania. From my dismal cell, I call on them to mobilize all legal and diplomatic means, including the suspension of all financial aid, to bring the government to stop the repression and to take real action to eradicate slavery and the racism and exclusion that underlie it. I refuse to give up. I refuse to be silenced. I refuse to submit to the dogma that legitimates the exploitation of slavery here. I refuse to abandon my country and those whose lives are ruined by slavery. Today, I call on the world to support our struggle for freedom.

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