Quatre ans de prison pour avoir dénoncé l’esclavage

مبادرة إنبعـــاث الحــــركة الانعتـــــــاقية

INITIATIVE DE RESURGENCE DU MOUVEMENT ABOLITIONNISTE EN MAURITANIE
IRA RÉCÉPISSÉ N° FA 010000102912202100001

 

Quatre ans de prison pour avoir dénoncé l’esclavage : IRA condamne une justice qui frappe les lanceurs d’alerte au lieu des criminels, et de protéger une enfant

Nouakchott, le 15 août 2026

L’Initiative de Résurgence du Mouvement Abolitionniste (IRA) dénonce avec la plus grande fermeté les condamnations prononcées par le tribunal de Nouakchott-Nord contre six militants abolitionnistes, membres d’IRA, dans l’affaire relative à la situation de Nouha Mohamed, mineure de 11 ans, victime d’esclavage. Dans cette affaire, ce ne sont pas les faits dénoncés qui ont été sanctionnés. Ce sont ceux qui les ont dénoncés.

Selon les éléments recueillis par IRA et le témoignage de l’enfant, Nouha Mohamed aurait été offerte comme cadeau de mariage. Dans ce témoignage, filmé par des militants abolitionnistes, elle décrit avec douleur les travaux forcés et les corvées qu’elle dit avoir été contrainte d’exécuter, sa séparation d’avec sa mère et ses frères, ainsi que son éloignement de l’école, alors que les personnes chez qui elle vivait et qui la faisait travailler, sont elles-mêmes enseignantes. Ce témoignage a été transmis par les responsables d’IRA au parquet et au juge d’instruction. IRA considère que ces faits, relèvent de pratiques esclavagistes formellement interdites par le droit mauritanien et par le droit international.

Le tribunal de Nouakchott-Nord a condamné Lalla Vatma, Rachida Saleck et Mohamed Vadel à un an d’emprisonnement, dont cinq mois ferme et sept mois avec sursis. Une partie de la peine ayant déjà été purgée, ils ont depuis recouvré leur liberté. Abdallahi Abou Diop, Bounas Hmeida et Elhaj Elid ont, quant à eux, été condamnés à quatre années de prison ferme.

Le motif retenu par le tribunal est d’avoir filmé une personne(la fillette de 11 ans), sans son consentement, dans le but allégué de publier les images et de nuire aux présumés esclavagistes. IRA récuse l’instrumentalisation de cette question juridique, par les pouvoirs exécutif et judiciaire, connivents avec les segments esclavagistes, pour sévir contre les militants abolitionnistes de l’IRA et les lanceuses et lanceurs d’alerte. IRA conteste la justesse de la sanction, le contexte dans lequel cette question a été traitée, et l’absence de volonté de sanctionner les faits extrêmement graves dénoncés par cet enregistrement. Même lorsqu’une question juridique relative à l’enregistrement existe, elle ne doit pas faire disparaître la question fondamentale : celle de la protection d’une enfant présentée comme victime d’esclavage. Pourquoi ceux qui ont documenté et dénoncé la situation de Nouha Mohamed sont-ils condamnés avec une sévérité visant à dissuader toute dénonciation de crime ou délit d’esclavage, alors même que la lutte judiciaire contre les faits de ces crimes et délits, demeure, marquée par l’impunité et l’hypocrisie des poursuites ?

Le véritable scandale n’est pas qu’un témoignage ait été filmé. Le véritable scandale est qu’une enfant de 11 ans ait pu témoigner de faits aussi graves sans que sa protection et la recherche de la vérité sur sa situation deviennent la priorité de la justice. IRA considère que cette décision illustre une justice qui, dans les affaires d’esclavage, continue trop souvent de traiter les défenseurs des victimes comme des délinquants plutôt que de rechercher avec la même détermination les responsabilités liées aux faits dénoncés.

La Mauritanie a pourtant ratifié plusieurs instruments internationaux relatifs à l’abolition de l’esclavage, à la protection de l’enfant et au respect des droits humains : la Convention relative aux droits de l’enfant, ratifiée en 1991, qui consacre les droits et la protection des mineurs ; les conventions OIT n° 138 et n° 182, ratifiées le 3 décembre 2001, relatives respectivement à l’âge minimum d’admission à l’emploi et à l’interdiction des pires formes de travail des enfants ; le Protocole de Palerme relatif à la prévention, à la répression et à la punition de la traite des personnes, auquel la Mauritanie a adhéré le 22 juillet 2005. Ces engagements imposent à l’État mauritanien des obligations claires en matière de protection de l’enfant, notamment face aux situations d’exploitation, de travail forcé, de traite ou de privation de scolarisation. IRA considère que le traitement judiciaire réservé à cette affaire révèle une contradiction préoccupante entre ces engagements proclamés et la pratique judiciaire observée.

Nous refusons qu’une procédure judiciaire puisse devenir un instrument d’intimidation contre les militants abolitionnistes et les lanceurs d’alerte.

Dénoncer l’esclavage ne constitue pas un crime.
Défendre une enfant victime ne constitue pas un crime.
Réclamer justice ne constitue pas un crime.

IRA ne se laissera ni intimider ni réduire au silence par les condamnations, les pressions, harcèlements ou poursuites judiciaires. Cette mascarade ne découragera ni nos militants ni les lanceuses ou lanceurs d’alerte. Au contraire, elle renforce notre détermination à continuer de dénoncer, avec courage et constance, les carences, les injustices et les contradictions du système.

Nous appelons les militants abolitionnistes, les défenseurs des droits humains et l’ensemble des lanceuses et lanceurs d’alerte à rester éveillés, vigilants et mobilisés. Nous les appelons à ne céder ni à la peur ni au découragement et à poursuivre pacifiquement leur combat jusqu’à ce que chaque victime de l’esclavage puisse bénéficier d’une protection effective et obtenir justice.

IRA exige :

– La protection effective et immédiate de Nouha Mohamed, ainsi qu’une vérification indépendante de sa situation ;
– L’ouverture d’une enquête approfondie sur les faits d’esclavage dénoncés dans cette affaire;
– La fin de l’impunité des esclavagistes et de leurs complices ;
– Le réexamen, en appel, de la conformité des peines prononcées contre les militants condamnés, avec le droit ;
– Le respect effectif des engagements internationaux souscrits par la Mauritanie ;
– La protection des militants, défenseurs des droits humains, lanceuses et lanceurs d’alerte qui dénoncent les pratiques esclavagistes.

La liberté de dénoncer l’esclavage ne doit jamais être transformée en délit.

Nous resterons debout.
Nous continuerons à dénoncer.
Nous continuerons à combattre l’esclavage jusqu’à ce que dénoncer l’esclavage cesse d’être plus dangereux que le pratiquer.

Initiative de Résurgence du Mouvement Abolitionniste
La Commission de communication

Nouakchott, le 17 août 2026

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