Biographie par Oumar Diagne

BiramNé vers 1965 à Jidermohgen situé à 35 kilomètres de Rosso Mauritanie sur les rives du fleuve Sénégal. Son village natal est un carrefour culturel où se rencontrent Wolofs, Harratine, Pulaar et Maures. Il fait face à Dagana, ville sénégalaise avec laquelle il n’est séparé que par le fleuve. Les populations naviguent fréquemment d’un côté à l’autre.

Son père fut affranchi en étant encore dans le ventre de sa mère par son maître, malade, qui par cet action faisait une offrande à Dieu pour recevoir ses faveurs. Il faut comprendre que la Mauritanie est fortement marquée par la croyance et l’Islam est la religion du pays.Cette religion encourage l’affranchissement des esclaves. Il s’agit d’un acte apprécié par Allah. Mahomet a, lui-même, donné l’exemple en affranchissant ses esclaves. Abû Bakr, le premier Khalife de la communauté musulmane utilisait des fortunes pour acheter des esclaves de leur maîtres qurayshites païens, puis leur redonnait leur liberté.

Le Prophète appelle à affranchir des esclaves pour expier les fautes. Il visait par cette pratique à libérer le plus grand nombre d’esclaves puisque le péché est permanent chez les croyants. L’être humain est par nature pécheur.

Biram fait partie de ces rares Harratines ayant bénéficié d’une éducation. En 1979, après sa réussite au concours nationale d’entrée en 6ème, il poursuit ses études au Collège puis au lycée de Rosso.

Dans cette ville, il fut marqué par le procès d’EL Hor (mouvement antiesclavagiste mauritanien). Après cet épisode, il fonde en 1982, avec d’autres amis, le Mouvement National Africain.

En 1984, Il obtient son baccalauréat. Il s’inscrit par la suite à la faculté de Nouakchott. Pour des raisons matérielles, il abandonne ses études et se présente, en 1986, au Concours de greffier, qu’il réussit.

En 2001, il obtient un Diplôme d’Etudes Approfondies (DEA) en histoire (Université Cheikh Anta
Diop de Dakar, Sénégal) et devient par la suite spécialiste du combat pacifique contre les dictatures et les despotismes.

Biram Dah Abeid commence à militer au sein de l’ONG antiesclavagiste SOS Esclaves. Il s’écarta de ce mouvement pour fonder en 2008, l’Initiative pour la Résurgence du mouvement abolitionniste (IRA-Mauritanie).

En 2011, il est condamné pour ses activités à une peine de prison. Il fut ultérieurement gracié par le Président Mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz.

L’année 2012 marque un tournant pour son mouvement qui le fera connaitre sur le plan international. En, effet, en avril 2012, lors d’une action militante, à Nouakchott, avec ses acolytes, ils brûlent des textes de jurisconsultes de l’école malikite, l’une des écoles du droit musulman qui légitime l’esclavage. Il est arrêté avec d’autres militants de l’IRA pour « atteinte à la sûreté de l’État ». Après plusieurs mois de détention préventive et un procès, celui-ci fut annulé pour vice de forme par la Cour criminelle de Nouakchott. Biram Dah Abeid et ses codétenus retrouvèrent ainsi leur liberté en septembre 2012

Ce qu’il faut comprendre est que Biram est un agitateur des droits humains. Cet acte a été d’une grande importance dans l’action de l’IRA car il n’a laissé aucun Mauritanien indifférent.Très peu de personnes (ou aucune personne), en Mauritanie, n’ont, en si peu de temps, bouleversé les mentalités.

La force de Biram est d’être sur place, non violent mais déterminé, d’oser défier le pouvoir, de former et soutenir les masses, de bousculer les  mentalités, d’accepter d’aller en  prison pour ses idées. » [Lire l’article d’Oumar Diagne : Le courage de Biram.]

L’esclavage est très ancré dans la mentalité des Mauritaniens. Pour le combattre il faut des actions fortes. Il s’agit d’un véritable fléau tenace.

« Nous ne devons jamais oublier que le mal est récalcitrant et tenace, jamais il ne lâche prise volontairement, sans une résistance opiniâtre, presque fanatique. Mais on constate aussi universellement que le mal est incapable de s’organiser de façon permanente. Aussi, après une longue lutte et pénible, les Israélites, par la providence de Dieu, traversèrent la mer rouge. Mais comme la vielle garde qui jamais ne se rend, les Egyptiens, dans un effort désespéré pour empêcher la fuite des Israelites, lancèrent leur armée derrière eux dans la mer rouge ». [Martin Luther King dans La force d’aimer.]

Le combat contre l’esclavage est un combat ardu. Il faut des actions courageuses, déterminées et fortes pour mette fin à ce drame. On peut ainsi comprendre les sacrifices de Biram, les risques qu’il prend. Il faudrait qu’en Mauritanie qu’il ait plus d’hommes et de femmes à la conscience éveillée pour changer les mentalités et mette fin à cette pratique.

« Je ne puis que croire que le bien arrivera

En fin de compte, encore lointain, à tous,

Et chaque hiver se changera en printemps

[Tennyson in Memoriam]

Biram Dah Abeid a été honoré par le prix des droits de l’homme 2011 de la ville de Weimar en Allemagne Fédérale. Il a reçu le prix Front Line award for Human Rights Defenders at Risk de l’ONG irlandaise Front Line Defenders en mai 2013. En décembre il obtient le Prix de l’ONU pour la cause des Droits de l’Homme 2013.

2014, Biram Dah Abeid est candidat pour les élections présidentielles de son pays. Dans son programme politique figure évidemment la lutte contre l’esclavage, se rajoutent à ce combat le respect des droits fondamentaux, …

 

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