ALLOCUTION DE BIRAM OULD DAH OULD ABEID : Réinventer la démocratie, World Forum, Berlin, février 2026
ALLOCUTION DE BIRAM OULD DAH OULD ABEID
Deputé, president de l’initiative de resurgence abolitionniste en mauritanie, leader du
mouvement antiraciste et porte-voix de la gouvernance integre.
Thème : Réinventer la démocratie
World Forum, Berlin, février 2026
Mesdames, Messieurs, chers partisans de la démocratie, valeur aujourd’hui diffamée et bafouée, par les artisans du cynisme pragmatique, ennemis du devoir d’ingérence, toujours en embuscade et solidaires quand il s’agit de bâillonner, de dissuader, bref d’imposer le silence « De la tyrannie». Permettez-moi de souligner, ici le titre fameux du penseur Léo Strauss, digne fils de Germanie qui préféra l’exil en Amérique, à la certitude de l’anéantissement par l’un ou l’autre des deux totalitarismes du 20ème siècle, en l’occurrence le nazisme et le stalinisme.
Oui, chercher la survie à tout prix reste, au fil de siècles, le magistère salvateur de notre espèce, celle des humains, surtout quand le rescapé porte en lui, comme Hannah Arendt ou Théodor Adorno, la sensibilité artistique, réservoir mental de la résistance à l’oppression.
Je ne puis, non plus, éluder le souvenir édifiant de l’incendie du Reichstag, sans doute l’agression la plus frontale contre l’esprit et les institutions de l’Etat de droit. En effet, pour que triomphât la Bête immonde et commençât la messe noire de la Shoah, il fallait détruire, sous le feu d’une utopie de mille ans, le lieu même où siégeait la parole contradictoire.
Or, l’Allemagne se releva de sa chute, mieux elle s’est réunifiée, sur les décombres du Mur infâme. Sous l’apparente invincibilité du socialisme dit « réel », prospéraient, en sourdine, dans l’anonymat et l’intelligence, des individualités résolues à protéger Das Leben der Anderen, La vie des autres. Il m’honore de saluer, devant vous, l’œuvre du génial réalisateur Florian Henckel.
Et, pourtant, en dépit du risque de périr broyé dans l’univers concentrationnaire, voire d’y dégringoler au stade de l’animalité, des Allemands de la dissidence et des Européens téméraires ont fui l’extermination et se sont cachés, admirables fugitifs de l’Apocalypse, afin de réfléchir, écrire, enregistrer la voix, photographier, dessiner, peindre.
Des milliers de témoignages sur la brutalité de leur époque nous sont parvenus, d’où notre résolution, tous ici, à empêcher l’extinction d’un legs aussi universel. Oui, l’art au service de la transmission et de la mémoire vigilante, nous rappelle que l’oppresseur ne craint que les idées car il en sait et redoute l’indomptable nuisance.
Je viens de la République islamique de Mauritanie, pays où l’ombre de l’esclavage et l’héritage du système de caste planent encore. L’Initiative de Résurgence Abolitionniste (IRA) que je dirige en sus de mes responsabilités d’élu du Parlement, tente de promouvoir, grâce aux instruments exclusifs de la non-violence, l’égalité de mes compatriotes et la protection de l’étranger, envers et contre les privilèges de naissance, le sexisme, l’oppression culturelle et la xénophobie.
Mes camarades et moi endurons l’emprisonnement et la torture, le chantage et les privations et devons avaler, chaque jour, notre dose de diffamation, de mépris et d’intimidation. Le bloc hégémonique, producteur séculaire de la domination, considère, dans notre abnégation, davantage une menace vitale que l’opportunité de la réconciliation. Ainsi, nous incombe-t-il de rassurer l’adversaire et voici un devoir bien douloureux auxquels nous ne saurions nous dérober.
Cependant, l’expérience me l’a appris, une fois franchi le seuil du supportable, la lutte devient injonction et ne relève plus du choix. Nous nous battons non seulement en vertu de l’émancipation mais cultivons l’ambition, tenace, d’obtenir la majorité au suffrage universel direct.
Nous prétendons passer du statut de victimes désarmées à l’exercice du pouvoir d’Etat. A aucun moment, la tentation stérile de la Révolution, du désordre et de la vengeance ne nous a effleurés. Parmi nous, depuis le début de notre marche, la progéniture de nos anciens maîtres, au coude à coude avec les rejetons des groupes marginalisés, élève l’étendard du combat et le relaye à l’intérieur des foyers qui nous sont hostiles. Nous sommes fiers d’une telle complémentarité et en labourons le terreau fécond, malgré l’interdiction de notre parti, Reforme pour une action globale (Rag).
Réinventer la démocratie, consiste, d’emblée, à la rendre compatible aux opportunités de l’alternance pacifique. Nous apprenons, de nos épreuves, que le vote formel et le pluralisme des organisations ne suffisent à nourrir la semence du mieux-être collectif. En Afrique, à l’exception notable du Sénégal et de l’Ile Maurice, la façade du multipartisme favorise souvent les clientèles et le crime organisé, perpétue la corruption et débouche, in fine, sur un supplément de crise, lui-même source de conflit, aux conséquences parfois irréversibles.
En Mauritanie, nous réclamons la garantie constitutionnelle de l’accès à l’éducation et aux bienfaits de l’enrôlement biométrique. Nous voulons la stricte équivalence des chances et des droits, par-delà les disparités de langue, de genre et d’appartenance ethnique.
Chez nous, la démocratie, jusqu’ici outil de reproduction de l’iniquité, tarde à devenir un bien commun, qui régule les divergences, abrite le dialogue et organise le respect mutuel, gage de paix et d’une prospérité équitablement répartie, d’abord au bénéfice des travailleurs manuels, ces damnés que je qualifie de « sel de la terre », pour paraphraser l’Evangile de Saint Mathieu.
Mesdames et Messieurs, honorable assistance, je laisse à mes pairs invités, le soin de vous entretenir de populisme dévastateur, de désinformation, d’intelligence artificielle, de recul de la solidarité et de retour des égoïsmes, à l’ombre du capitalisme prédateur.
En guise de conclusion, permettez-moi, je vous prie, de dédier la présente oraison, aux bravescamarades, passeurs de la liberté en mouvement, sur les terres de la Palestine martyre, de l’Iran toujours sous la botte d’une théocratie anachronique, du Myanmar, de la Chine turcophone, de l’Ukraine en ruine… Je n’oublie, non plus, mes frères et sœurs du Sahel, anonymes, intellectuels, journalistes, activistes de la société civile, femmes et enfants, pris en tenaille entre la barbarie de l’extrémisme religieux et l’arrogance des régimes militaires.
A l’adresse des vendeurs d’illusion, vêtus du manteau de la fausse générosité, je dis que rien de noble ni de plaidable ne se construit aux dépens de notre part d’humanité.
Je vous remercie.
ADDRESS BY BIRAM OULD DAH OULD ABEID
Member of Parliament, President of the Initiative for the Resurgence of the Abolitionist
Movement in Mauritania, leader of the anti-racist movement and advocate of ethical governance
Theme: Reinventing Democracy
World Forum, Berlin, February 2026
Ladies and Gentlemen, dear supporters of democracy, a value today defamed and trampled upon by the architects of pragmatic cynicism, enemies of the duty to intervene, ever watchful and united whenever it comes to silencing, deterring, in short, imposing silence, On Tyranny. Allow me to invoke here the famous title of the thinker Leo Strauss, a worthy son of Germany who chose exile in America over the certainty of annihilation by one or the other of the twentieth century’s totalitarianisms, namely Nazism and Stalinism.
Indeed, the pursuit of survival at any cost has remained, across centuries, the salvational imperative of our species,the human species,especially when the survivor carries within them, like Hannah Arendt or Theodor Adorno, an artistic sensibility, a mental reservoir of resistance to oppression. Nor can I avoid recalling the edifying memory of the Reichstag fire, undoubtedly the most frontal assault on the spirit and institutions of the rule of law. For in order for the Beast to triumph and for the dark mass of the Shoah to begin, it was first necessary to destroy,under the blaze of a thousand-year utopia, the very place where contradictory speech resided.
Yet Germany rose again from its fall; more than that, it was reunified upon the debris of the infamous Wall. Beneath the apparent invincibility of so-called “real socialism,” there flourished, quietly, anonymously, and intelligently, individuals determined to protect Das Leben der Anderen, the lives of others. It is an honour for me to salute here, before you, the work of the brilliant filmmaker Florian Henckel von Donnersmarck.
And yet, despite the risk of being crushed within the concentrationary universe, even of descending into the condition of animality, German dissidents and courageous Europeans fled extermination and
went into hiding, admirable fugitives of the Apocalypse,in order to reflect, to write, to record voices, to photograph, to draw, to paint. Thousands of testimonies to the brutality of their era have reached us, from which derives our collective resolve, here today, to prevent the extinction of such a universal legacy. Yes, art in the service of transmission and vigilant memory reminds us that the oppressor fears only ideas, for he knows,and dreads, their indomitable power.
I come from the Islamic Republic of Mauritania, a country over which the shadow of slavery and the legacy of caste systems still loom. The Initiative for the Resurgence of the Abolitionist Movement (IRA), which I lead alongside my responsibilities as a Member of Parliament, seeks,through the exclusive instruments of nonviolence,to promote equality among my compatriots and the protection of the foreigner, against privileges of birth, sexism, cultural oppression, and xenophobia.
My comrades and I endure imprisonment and torture, blackmail and deprivation, and must swallow each day our allotted dose of defamation, contempt, and intimidation. The hegemonic bloc, a centuries-old producer of domination, perceives in our selflessness not an opportunity for reconciliation but a vital threat. Thus falls upon us the painful duty of reassuring our adversary,a duty from which we cannot shrink. Yet experience has taught me this: once the threshold of the bearable is crossed, struggle becomes an injunction; it is no longer a choice. We fight not only in the name of emancipation, but with the steadfast ambition of obtaining a majority through direct universal suffrage.
We aspire to move from the status of disarmed victims to the exercise of state power. At no moment has the sterile temptation of revolution, disorder, or revenge crossed our minds. Among us, since the beginning of our march, the descendants of former masters stand shoulder to shoulder with the heirs of marginalized groups, raising the banner of struggle and carrying it into households hostile to us. We are proud of such complementarity and cultivate its fertile ground, despite the banning of our party, Reform for Global Action (RAG).
To reinvent democracy means, first and foremost, to make it compatible with the opportunities of peaceful alternation. From our trials, we have learned that formal voting and organizational pluralism alone are insufficient to nourish the seed of collective well-being. In Africa, with the notable exceptions of Senegal and Mauritius, the façade of multiparty politics often fuels patronage networks and organized crime, perpetuates corruption, and ultimately produces an additional layer of crisis, one that itself becomes a source of conflict, sometimes with irreversible consequences.
In Mauritania, we demand constitutional guarantees for access to education and the benefits of biometric registration. We seek strict equality of opportunity and rights, beyond disparities of language, gender, or ethnic affiliation. At home, democracy, thus far an instrument for reproducing inequality, has yet to become a common good, one that regulates divergence, shelters dialogue, and organizes mutual respect: a guarantee of peace and of prosperity equitably shared, first and foremost for manual workers, those damned souls I call the “salt of the earth,” to paraphrase the Gospel of Matthew.
Ladies and Gentlemen, honoured audience, I leave to my fellow invitees the task of addressing destructive populism, disinformation, artificial intelligence, the retreat of solidarity, and the return of selfishness in the shadow of predatory capitalism.
In closing, allow me to dedicate this address to the brave comrades, ferrymen of freedom in motion, across the martyred lands of Palestine, Iran under the boot of an anachronistic theocracy, Myanmar, Turkic China, war-ravaged Ukraine. Nor do I forget my brothers and sisters of the Sahel, anonymous intellectuals, journalists, civil society activists, women and children, caught between the barbarity of religious extremism and the arrogance of military regimes.
To the merchants of illusion, draped in the cloak of false generosity, I say this: nothing noble, nothing defensible, can be built at the expense of our shared humanity.
Thank you.
