Biram Ould Dah Ould Abeid, symbole d’une justice confisquée et d’un courage nécessaire par Abdoulaziz DEME
Biram Ould Dah Ould Abeid, symbole d’une justice confisquée et d’un courage nécessaire.
Les récentes menaces de mort visant le député abolitionniste Biram Ould Dah Ould Abeid rappellent, une fois de plus, combien la justice et la liberté d’expression demeurent fragiles en Mauritanie.
Les lenteurs volontaires de l’appareil judiciaire, les silences officiels et la réaction évasive du Premier ministre Mokhtar Ould Diay traduisent un malaise profond : celui d’un État qui préfère esquiver la vérité plutôt que d’affronter les forces du racisme et de la haine.
L’attitude du gouvernement face à cette affaire témoigne d’une dérive inquiétante. Lorsque le chef de l’exécutif transforme la victime en accusé, en lui reprochant d’avoir porté l’affaire sur la place publique, il révèle tout le cynisme d’un pouvoir davantage préoccupé par son image que par la sécurité d’un élu de la nation.
Dans un État de droit digne de ce nom, les institutions protègent d’abord la vie et la dignité de leurs citoyens.
En l’occurrence, elles se sont tues, laissant les auteurs des menaces libres de leurs mouvements, impunis et enhardis. Mais derrière l’affaire individuelle de Biram se joue une question beaucoup plus vaste : celle du racisme institutionnalisé et de l’impunité qui gangrène les structures politiques et judiciaires de la Mauritanie. Le fondateur de l’Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste (IRA) dérange parce qu’il rappelle, avec constance et détermination, que la liberté n’a de sens que si elle s’étend à tous.
Son combat n’est pas un caprice politique, mais une exigence morale : celle d’une nation qui refuse que l’origine, la couleur ou la condition sociale décident de la valeur d’un citoyen.
Face à une telle réalité, la solidarité ne peut être tiède.
Le silence, dans ce contexte, revient à cautionner l’injustice. Soutenir Biram aujourd’hui, c’est défendre non seulement un homme, mais une conception de la Mauritanie : juste, égalitaire et courageuse. C’est refuser que la peur et la discrimination dictent la loi, et rappeler à l’État mauritanien que la légitimité politique commence par la protection des plus exposés .Il est temps que la communauté nationale et internationale rompe le cercle de la complaisance. Exiger la vérité et la justice pour Biram, c’est poser un acte de foi en l’avenir d’un pays qui ne pourra jamais progresser sans rompre avec ses vieux démons. Le courage individuel doit désormais trouver un écho collectif.
L’histoire retiendra non pas la lâcheté des menaces, mais la dignité de la résistance.
Abdoulaziz DEME
Paris le 27 janvier 2026


