Allocution du député Biram ould Dah ould Abeid, député, chef de file l’Opposition en Mauritanie;
Au cours de la soirée internationale de soutien à l’opposition Iranienne à Paris, 27 février 2026.
Madame la présidente Mariam Rajawi
Monsieur le président Moncef Marzoughi
Mesdames, Messieurs les ministres, députés, académiciens, érudits musulmans, chefs d’associations musulmanes et présidents d’ONGs de défense des droits humains
Nous nous retrouvons à l’ère où la brutalité s’exacerbe et accélère le cours de l’histoire. Nous assistons, impuissants, à l’hiver du multilatéralisme. A l’ombre envahissante des égoïsmes, la raison du plus fort semble l’emporter sur la diversité et la coexistence pacifique.
L’Iran, héritier de la grande perse de Daruis, de Nezâmi Ganjavi, Omar Khayam, Jalâl ad-Dîn Mohammad Rûmî, Ferdowsi, Saadi et Hafez de Chiraz, cristallise les crispations propres à notre époque incertaine : menaces militaires, discours de confrontation, répression domestique y alternent, à intervalles de plus en plus rapprochés. L’exemple de Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix et d’autres illustres volontaires de la liberté, illustre la férocité du pouvoir théocratique des Ayatollah. Pire, le peuple iranien, déjà meurtri du fait de la coercition religieuse, subit, au travers des sanctions internationales, les aléas de la géostratégie.
Les menaces de frappes, qu’elles découlent de l’hubris de Washington ou de TelAviv, ne visent pas seulement un régime, elles atteignent aussi des familles et des détruisent des infrastructures de base, des écoles, des hôpitaux. L’histoire du Moyen-Orient prouve combien les expéditions extérieures laissent souvent derrière elles la fragmentation, la ruine et le puissant vecteur de la revanche, source de conflits sans fini.
Refuser la guerre ne consiste pas protéger la théocratie ni rallonger son agonie mais préserve plutôt, la population, d’une double peine. Au massacre endogène s’ajoute, désormais, la destruction venue de l’étranger. Même si nous entretenons, avec vous, le vœu de la République sociale et séculière, nous ne saurions justifier son avènement, sous le sceau de la force brute. Pour nous, la non-violence demeure la limite morale, là où l’empathie avec la noblesse de votre combat trébuche sur une nuance, une hésitation. Certes, personne, ici, ne pleureras la chute d’un despotisme confessionnel mais, nul, non plus, ne peut raisonnablement se risquer à y parvenir par le raccourci de la guerre.
Le rythme ascendant de la contestation depuis 2009 démontre qu’une majorité de votre jeunesse s’imagine un destin alternatif, à l’abri des pénuries soviétiques, de la corruption, de la misère et, surtout, de la peur perpétuelle face au Pasdaran, en particulier leur pire avatar, les Bassidji. Le sacrifice des milliers de vies sur le chemin périlleux de l’émancipation confirme l’authenticité de votre lutte et de son ancrage dans une société de gens normaux, qui aspirent au bonheur, maintenant. Faut-il rappeler l’évidence ? L’on ne vit plus d’une fois. Voici, en conséquence, un préambule simple autour duquel se construit la priorité de toute politique à l’échelle des humains. La faculté naturelle d’être heureux nous appartient, dès la naissance. En prosélytes de la joie, il nous revient de cultiver et de disséminer, aux quatre coins de la terre, la semence de l’altérité, de la diversité et de la tolérance. Vous détenez le droit naturel de sortir de la privation, de voyager, d’aimer, de choisir et de révoquer vos dirigeants, bref d’exprimer votre réalité sensible, ici-bas, envers et contre la pulsion de mort que le Guide de la Révolution vous propose en guise de gouvernance. Oui, le monde musulman reste le dernier bastion de vanité où l’Etat prétend mener, ses sujets, au paradis. De là viennent la germination et le pullulement la schizophrénie collective, en leur symptôme majeur, l’aliénation. Il n’y a sans doute pas de prédisposition aussi nette au crime qu’une dictature de la dévotion dont le clergé et les garde-chiourmes rivalisent de zèle homicide en vue de conduire, au salut post-mortem, le troupeau des croyants résignés.
Chers camarades, qu’est-ce qui lie la Mauritanie et l’Iran ?
Il s’agit de deux républiques islamiques ayant circonscrit la teneur de leur législation commune, à une lecture littéraliste et réactionnaire de la Charia, au profit du patriarcat, du bazar, de l’armée et du bloc réactionnaire. La similitude, crois-je, explique ma modeste présence parmi vous, à l’occasion d’une soirée de rupture du jeune, en ce mois béni de l’introspection, du partage et de la résolution à vaincre l’arbitraire.
En Mauritanie, nous endurons l’esclavage traditionnel, depuis des siècles, malgré son interdiction officielle en 1981. A rebours de la norme proclamée, la pratique persiste, aux dépens des descendants de serviteurs, d’ascendance noire subsaharienne. Permettez-moi de vous présenter trois de nos égéries, la blogueuse Warda Ahmed Souleymane et les lanceuses d’alerte Lalla Vatma et Rachida Saleck, aujourd’hui séquestrées par la police politique dans la sinistre prison des femmes de mon pays. Chez nous – bien entendu dans une mesure très en deçà du présent iranien – exiger l’abolition de la servitude de naissance expose aux détentions préventives, à la torture, à l’emprisonnement et condamnation. Comme en Iran, la même mécanique prévaut : Le système criminalise les défenseurs de la dignité de l’individu afin de préserver l’ordre inégal où se loge la prédation, derrière le paravent de la vertu et de la piété.
Méfiez-vous de l’autorité qui exerce son magistère au nom de Dieu. Il y a, là, un réservoir inépuisable de fraude, de triche, d’hypocrisie et de détournement du bien public. Du puritanisme censeur de la pensée et contrôleur de la conscience, résultent, toujours, la peine de mort et les châtiments corporels. A cause de la foi absolue, tuer devient facile et résister un devoir, vital, voire une nécessité de survie.
En avril 2012, excédé par l’enseignement des livres du Fiqh voués à la légalisation de l’esclavage de Noirs dont des mineurs, j’ai résolu de brûler la prose infâme, au cours d’une cérémonie, devant les caméras. Aussitôt, les chantres de l’obscurantisme se déchaînèrent, en vain, pour réclamer mon élimination physique. Ils ont échoué car la solidarité internationaliste à l’intérieur du Monde libre me protégeait et m’encourageait à la constance. L’année d’après, je recevais le prix des Droits de l’Homme de l’Organisation des nations unies.
Alors, nous voilà solidaires et notre voie, vers la victoire de la démocratie, désormais balisée.
Continuons, osons et jamais n’accordons de répit aux tortionnaires. Notre problème, à nous peuples du sud martyrisé, n’est pas l’impérialisme mais davantage la morsure de la tyrannie. A notre tour de mordre !
Je vous remercie.


