Mauritanie : La lutte contre la corruption commence au sommet de l’État ; Pourquoi Ghazouani Persiste et Signe
Mauritanie : La lutte contre la corruption commence au sommet de l’État ; Pourquoi Ghazouani Persiste et Signe.
Par Biram Dah Abeid, Député et Candidat à l’Election Présidentielle de 2029.
Les rapports de contrôle mettent en cause. Le Président réhabilite. En nommant à de hautes responsabilités des cadres épinglés par les organes de contrôle de l’État ou dont la gestion a fait l’objet de graves observations, le Président de la République adresse un signal aux responsables publics d’aujourd’hui et de demain, mais aussi un message à tous les Mauritaniens.
Le premier message est que les rapports de la Cour des comptes peuvent être ignorés. Le deuxième est que les constats des corps d’inspection restent sans conséquences. Le troisième est que la reddition des comptes ne constitue pas un critère déterminant pour accéder aux plus hautes responsabilités de l’État. Enfin, le quatrième est que la proximité avec le pouvoir semble offrir une meilleure protection que l’exigence de probité.
Quel message reçoivent ceux qui seraient tentés de détourner les biens publics ? Ils peuvent avoir le sentiment qu’eux aussi bénéficieront, le moment venu, d’une protection politique et qu’ils risquent peu d’avoir à répondre de leurs actes.
Pour le Président, la lutte contre la corruption semble se mesurer davantage aux discours qu’aux actes, et encore moins aux femmes et aux hommes auxquels il choisit de confier la gestion des affaires publiques.
Le paradoxe est frappant. Le Président demande aux citoyens de croire à sa volonté de moraliser la vie publique tout en promouvant à des postes stratégiques des responsables dont la gestion a été mise en cause par les institutions de contrôle. Une telle pratique entretient inévitablement dans l’opinion le sentiment que certains bénéficient d’une protection politique et que l’impunité demeure la règle pour les proches du pouvoir.
Plus grave encore, il affirme que la lutte contre la corruption est l’affaire de tous et appelle les citoyens à y contribuer. Mais comment convaincre les Mauritaniens de s’engager lorsque le sommet de l’État donne le sentiment de récompenser des responsables sur lesquels pèsent de graves interrogations quant à leur gestion ?
Je pense également aux magistrats de la Cour des comptes, aux inspecteurs de l’État et à tous les contrôleurs publics. Quel signal leur est envoyé lorsque des responsables qu’ils ont contrôlés et dont ils ont relevé de graves irrégularités sont ensuite promus à de hautes fonctions ? Comment maintenir leur motivation lorsque leurs rapports paraissent sans effet sur les nominations les plus importantes de l’État ? Un État qui décourage ses propres institutions de contrôle affaiblit l’un des principaux remparts contre la corruption.
Si les Mauritaniens me font confiance pour présider notre pays, je prendrai un engagement clair. La lutte contre la corruption ne sera plus un slogan. Elle deviendra une politique d’État.
Je garantirai l’indépendance réelle de la Cour des comptes, de l’Inspection générale de l’État et de tous les organes de contrôle. Ils définiront eux-mêmes leurs programmes de contrôle, sans interférence du pouvoir exécutif. Leurs contrôles pourront être inopinés afin de préserver leur efficacité. Leurs rapports seront rendus publics dès leur adoption et transmis directement à la justice lorsqu’ils révéleront des faits susceptibles de constituer des infractions, sans filtre ni autorisation préalable du gouvernement ou du Président de la République.
Je veillerai également à ce que les magistrats, les inspecteurs et les contrôleurs de l’État soient recrutés sur des critères d’intégrité, de compétence, de probité et de rectitude morale. Ils bénéficieront d’une rémunération à la hauteur de leurs responsabilités afin qu’ils puissent exercer leurs missions avec indépendance, à l’abri des pressions et des tentations.
Je prends enfin un engagement personnel. Sous ma présidence, nul ne sera protégé par sa proximité avec le pouvoir. Il n’y aura ni intouchables ni privilèges. La seule protection sera celle de la loi. La seule exigence sera le service de l’intérêt général.
6 Août 2026
