Résumé de l’allocution du président Biram Ould Dah Ould Abeid dans le cadre de l’annonce du projet CAD2029

Résumé de l’allocution du président Biram Ould Dah Ould Abeid dans le cadre de l’annonce du projet CAD2029

 

1. Aujourd’hui, nous convions, les Mauritaniens, à l’ambition renouvelée de les sortir du cloisonnement mental qui les sépare et plonge au bord du précipice de la discorde. Nous cherchons à les émanciper de l’artifice et de la stérilité des rivalités de personnes et de groupuscules, alors que tant de facteurs de mobilisation et de complémentarité les unissent. Je ne perçois, entre les composantes de l’opposition systémique, nulle distinction de programme et, encore moins, de vécu quotidien face à l’arbitraire et au legs têtu de l’impunité. Nous voici passagers de la même barque et cette communauté de destin dans l’épreuve de l’adversité nous impose d’éviter le naufrage que le pouvoir du moment et son assise historique s’échinent à nous infliger. Des querelles de préséance à la dramatisation des nuances, de l’exagération du détail au festival des égos, que de temps perdu à louvoyer, s’égarer, s’élancer et revenir tournoyer en rond ! Au regard de la souffrance et de l’impatience ainsi endurées, nous finissons par nous rendre compte combien nous perdons du temps et de l’énergie, à produire un résultat à peu près nul.  De nos mouvements erratiques, découle la déception du projet de relèvement national dont nos compatriotes meurtris, méprisés et affamés, ne cessent de nous créditer non pas dans les urnes de la fraude mais au travers des mouvements de foule quand gronde la colère des exclus. A force de nous coucher sur les lauriers de la résistance, nous les avons froissés, d’où la pertinence de la présente autocritique. Aussi, me permets-je, en ce jour de vérité amère, de rappeler, l’ensemble de mes camarades combattants de la liberté et de l’égalité, artisans de la citoyenneté, au devoir de l’introspection, avant le sursaut salutaire. Oui, l’essentiel n’est pas perdu, l’horizon de la lutte couve encore de belles promesses de victoire. Demain est à nous si nous osons le sacrifice de la responsabilité. Seule la lucidité nous guidera.

2. Durant les cinq décennies miséreuses de l’après Mokhtar Ould Daddah, la tentation du « dialogue » à tout prix et la réalité de sa maigre moisson, ont valu, à nos devanciers, bien des compromissions. Au creux du confort égoïste des renoncements, s’est nichée la reproduction douillette des privilèges de naissance, à l’ombre d’une compacte amnésie. En soi, la difficulté de discuter entre adversaires ne saurait être le prétexte à la désertion du débat. Celui, parmi nous, qui refuse de s’en remettre à l’aléa de la persuasion doit reconnaître, en lui, la peur de perdre sa légitimité. Dès lors, il s’interdit, de facto, le noble métier de la politique. Cependant, l’exercice de la dispute et de l’écoute comporte ses exigences. La première renvoie à la reconnaissance mutuelle. Or, en 2026, une condition aussi élémentaire nous est déniée, sous couvert de règles du jeu, unilatéralement conçues à perpétuer le statuquo. Alors, malgré la machinerie de l’éviction, comment aller à un rendez-vous – d’ailleurs si utile et nécessaire – sans abdiquer sa singularité partisane, qui reste la carte d’identité du candidat au suffrage universel ?

3. La dualité malsaine et pernicieuse : « pour ou contre le dialogue », au cœur de laquelle le chef de l’Etat et ses conseillers nous enlisent, résulte d’une manœuvre de diversion, une de plus, sur la voie de notre propre dilution. Pouvons-nous assumer tant de légèreté, voire de naïveté, devant les Mauritaniens ? Non, dis-je, car l’Opposition, en ses deux tendances, demeure de bonne foi. Elle représente l’optimisme et incarne la fatalité rassurante de la réparation, peu importe le délai. Notre grande famille ne craint la contradiction raisonnée.

4. Nous sommes bien d’accord : En principe le dialogue n’est qu’un moyen, certes le moins risqué, point une fin. Il permet de parvenir à la réalisation de réformes, elles-mêmes adossées à un minimum de consensus, loin du ressentiment et du recours à la violence révolutionnaire. Nous pensons, également, que l’objectif le plus plaidable de l’Opposition, consiste à fédérer les rangs, puis rendre le changement accessible, grâce à l’avènement d’une transmission pacifique de l’autorité de l’Etat, en vertu du respect de la diversité et de l’arbitrage électoral.

En guise de conclusion, chers camarades, laissez-moi vous entretenir d’unité et de solidarité, comme actes inauguraux de l’alternance à quoi nous aspirons. A titre d’illustration concrète, les partis RAG et UFP, FPC et AJD-MR, ne concourent-ils pas à une identique volonté de redressement et de moralisation de la vie publique ? Oui, et chacun supporte, à sa manière, une part du fardeau. La marche, longue et ardue qui nous mène aux échéances de 2028-2029, requiert de la constance, beaucoup d’entraide et l’impératif de se tolérer, bref de se porter secours, sur le chemin de la délivrance. La Coalition Anti-Système (CAS), pôle de l’opposition dite radicale, évolue, à présent, dans le sens de l’inclusion et de la pluralité. Aussi, vous présentons-nous le nouveau cadre revisité et amélioré de notre stratégie de jonction aux différentes bourrasques de la rupture. Sur la ruine à venir de l’Ancien, nous allons ériger et élever, très haut, la grande coalition des insoumis, au service de la libération et du progrès en partage. Demain, nous reconstruirons, ensemble, s’il le faut avec la participation de l’oppresseur enfin contrit, la société du bien-être collectif sans maître ni esclave, par-delà les clivages de genre, de couleur et de statut hérité.

Siège AJD/MR, Nouakchott 

11 Février 2026

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