IRA l’insoumise (le-renovateur.net)

IRA l’insoumise

Le meeting de l’opposition organisé dimanche à la place de la Foire fut une foire verbale acérée qui n’a pas seulement rempli une esplanade : il a envoyé un message. Un message que ni les pressions, ni les répressions, ni les stratégies d’isolement n’ont réussi à étouffer. Au centre de cette démonstration, un homme : le député Biram Dah Abeid. Il en est ressorti triomphal, porté par une marée humaine compacte, vibrante, dont les slogans et les regards ne trompaient pas.

L’histoire politique récente de la Mauritanie, d’Aziz à Ghazouani, est traversée par une constante : le phénix renaît toujours de ses cendres. Chaque tentative d’affaiblissement du leader de l’IRA s’est retournée contre ses auteurs. L’arrestation puis la condamnation à quatre ans de prison ferme de deux députées du mouvement auraient pu sonner comme un coup d’arrêt. C’était sans compter sur la capacité de résilience d’une formation qui puise sa force dans l’adversité. Loin de plier, Biram Dah Abeid et ses militants se sont redressés, plus déterminés, plus soudés.

Insoumis dans le verbe, indomptable dans l’action, l’IRA voit son audience grandir à mesure que l’étau se resserre. C’est le paradoxe mauritanien du moment : le pouvoir, par la fermeté de sa réponse, semble forger lui-même la popularité de son principal contradicteur. À chaque interdiction de manifester, une foule plus nombreuse. À chaque procès politique, une vague de sympathie plus large. À chaque silence imposé, une clameur plus forte. La place MAARAD, dimanche, n’a pas seulement scandé le nom de Biram Dah Abeid. Elle a exprimé une demande sociale, celle d’une Mauritanie qui veut être entendue, reconnue, représentée autrement.

La présence des autres formations de l’opposition, dont Tewassoul, structure politique solidement implantée, a donné à l’événement un poids institutionnel indéniable. Mais nul ne peut nier l’évidence : l’énergie, l’émotion, la dynamique populaire gravitaient autour du tribun de l’IRA. Il ne s’agissait plus d’un simple meeting d’opposition. Il s’agissait d’un plébiscite de rue, d’un acte de légitimation populaire.

Dès lors, une question s’impose, dérangeante peut-être, mais incontournable : le temps n’est-il pas venu de changer de logiciel ? Du côté du pouvoir comme de la justice, la stratégie de la fermeté produit de la polarisation, non de l’apaisement. Elle fabrique des martyrs là où elle cherche à neutraliser des adversaires. Et si la sortie de crise passait par le croisement des idées plutôt que par l’affrontement des appareils ? Par un dialogue politique serein, où la contradiction argumentée remplace la confrontation judiciaire ?

Un rassemblement peut se limiter à occuper un espace. Celui-ci a fait davantage : il a mis en lumière un tournant. Fermer les yeux dessus relèverait de l’aveuglement stratégique. En saisir la portée, c’est ouvrir la porte à un possible dégel politique.

La Rédaction

source : https://le-renovateur.net/?p=12859

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