De retour de visite à Biram, Brahim et Djibi

IRA AlegJ’ai rendu visite à deux reprises (Mercredis 15 et 29 avril 2015) aux prisonniers d’IRA incarcérés dans la prison d’Aleg, 250 Km au sud ouest de Nouakchott. Le 15 avril j’étais accompagné d’un groupe de militants d’IRA et le 29 de mon ami Ahmed Amou, arrivé de France 3 jours auparavant.

Les jours de visite sont les mercredis, samedis et lundis. Les formalités sont réduites: on doit attendre à 500 mètres avant d’arriver à la prison, sous un petit arbuste (voir photo), puis les gardes font entrer les visiteurs par groupe de 3 après avoir relevé les identités, procédé à une fouille avec palpation et confisqué téléphones, billets de banque … Ceux qui déclarent ne pas avoir de pièces d’identité communiquent leur nom et prénom et sont crus sur parole. Par contre, il vaut mieux déclarer ne pas avoir de pièces d’identité plutôt que d’avouer porter un passeport étranger, car dans ce cas on vous demandera de retourner à Nouakchott pour rapporter une autorisation spéciale.

Le hall d’entrée de la prison est à 5 mètres du portail. Il donne accès à plusieurs ailes. A l’annonce du nom de Biram, le chef de poste me désigne un garde pour m’accompagner. Un long premier couloir distribue de lourdes portes de cellules vides… COO1, COO2…; visiblement les prisonniers d’IRA occupent, à eux deux, tout une aile. Un deuxième couloir puis on arrive devant une porte fermée par un cadenas accessible de l’extérieur. Le garde le manœuvre puis tire sur la porte qui s’ouvre dans une vacarme de grincement métallique. Le couloir est encombré de petites nattes, de chaises et de rangers…c’est l’entrée de la cellule de Biram et Brahim veillée par 5 à 6 gardes.

Enjambant les effets des gardiens, je me précipite dans les bras de Brahim et Biram et échange avec eux de chaudes accolades avant de répondre aux salutations des autres militants et militantes dont la courageuse Leyla Mint Ahmed, épouse du président d’IRA. On était au total une bonne petite dizaine. La salle est relativement grande avec un plafond particulièrement haut. Juste en dessous du plafond quelques lucarnes diffusent la lumière du jour. Au sol, 3 ou 4 petits matelas en mousse recouverts de tissu composent le mobilier avec une natte en plastique tressé et quelques oreillers éventrés. Dans l’angle de la pièce, une lourde porte laisse entrevoir une chaise turque qu’un robinet humidifie continument d’un goutte-à-goutte sonore. Un petit ventilateur portatif s’époumone à brasser l’air chaud de la pièce, sans grand succès. Tout à l’heure, dans la voiture, le thermomètre affichait 44°C.

Depuis leur arrivée, le 15 janvier 2015, les deux dirigeants d’IRA n’ont jamais vu le soleil. Jamais non plus ils n’ont pu faire du sport. Interrogée à ce propos, l’administration pénitentiaire argue du fait que de telles revendications ont aussi été formulées par d’autres pensionnaires de la maison d’arrêt et que les satisfaire pour le groupe d’IRA instaurerait un précédent qui pourrait difficilement être contrôlé. Pourtant, ces deux points figuraient textuellement dans le protocole d’accord obtenu par les prisonniers d’IRA à la suite de la grève de la faim qu’ils avaient organisée au début de leur arrivée à Aleg.

L’intendance (repas, linge, eau, produits de toilette) est assurée par Leyla avec les militants d’IRA qui ont loué une maison dans la ville d’Aleg.

De façon générale, j’ai trouvé le moral des prisonniers, des militants et des familles, très bon.

Biram: je l’ai trouvé amaigri mais très combatif. En permanence, il essaye de tout mettre en perspective inscrivant chaque action dans le cadre, plus général, du combat antiesclavagiste. Très informé de la situation à l’intérieur du pays grâce au poste de télévision auquel ils ont accès, Biram ne rate pas une occasion de s’informer sur les avancées de la cause à l’extérieur de la Mauritanie. Les actions d’IRA, hors de la Mauritanie, lui ont particulièrement fait chaud au cœur (Sud de la France, Paris, Bruxelles, Rome, Genève, Berlin, Washington, Chicago, New York…). Le simulacre de tribunal organisé par IRA-France, sa photo au marché de Fréjus, l’action conjointe des ONG françaises (ACAT, Amnesty, Agir ensemble…) lui ont bien fait plaisir. Biram est très soutenu, moralement, par Leyla, son épouse qui est une militante de la première heure d’IRA. C’est elle qui structure la résistance à Aleg. Les enfants sont restés à Maata Moulana (200 km en direction de Nouakchott) avec leur grand-mère. Leyla entame son huitième mois de grossesse et doit rentrer à Nouakchott pour accoucher. Elle a organisé son remplacement en faisant venir certaines de ses soeurs et des cousines de Biram pour l’occasion.

Brahim: Très combatif, ne tarissant pas sur les acquis déjà engrangés par le courant antiesclavagiste grâce à leur arrestation et à la politique de lutte pacifique qu’ils ont initiée, il est sûr de la justesse de la cause d’IRA. Très sensibles aux marques de solidarité que la classe politique et les ONG de la société civile ont manifesté envers IRA, Brahim est persuadé qu’il y aura un avant et un après Aleg.

La situation de Brahim est un peu plus compliquée que celle de Biram. C’est la première fois qu’il est incarcéré si longtemps. Son salaire de professeur de lycée a été suspendu, privant sa famille, restée à Nouakchott, de toute source de subsistance. Etant très présent et impliqué dans la gestion au quotidien de sa famille (trajets quotidiens, éducation…), son incarcération prolongée a désorganisé sa famille de 4 enfants dont une adolescente. Son épouse, Mariam, essaye de faire face avec l’aide de militant de la cause.

Sow Djiby: j’ai rendu visite à Djiby le vendredi 24 avril 2014 à la prison centrale de Nouakchott. Sow fut transféré à Nouakchott après la grève de la faim organisée en janvier par lui, Biram et Brahim à Aleg. Il souffre de complication au niveau des reins et de problème cutané. A la prison de Nouakchott, la cellule qu’il occupe est plus petite mais fait partie d’une aile qu’il partage avec de gros bonnets de la finance en délicatesse avec la loi, tel le célèbre banquier Ould Mogueye. Je l’ai trouvé en compagnie de trois visiteurs. Très combatif, il inscrit sa lutte dans le cadre de la dénonciation du passif humanitaire en Mauritanie dont furent victimes les Noirs de notre pays. Aux dernières nouvelles, Sow attend toujours de pouvoir passer un scanner pour commencer son traitement médical.

Sur le procès en appel, il y a peu d’informations fiables. Les avocats ont introduit une demande de mise en liberté provisoire. Aucune réponse pour le moment. L’Opposition a placé la libération des prisonniers d’IRA en tête des conditions pour entamer un dialogue avec le pouvoir.

Aux dernières nouvelles, le procès en appel pourrait se tenir le 22 mai à Aleg.

Des pressions politiques et diplomatiques sont exercées par de nombreux pays, institutions et organisation internationales. Des fatwa ont été édictées pour condamner l’esclavage et un vif débat est en train de se mettre en place autour de cette question. IRA est, plus que jamais, au centre des préoccupations des Mauritaniens.

Mohamed Baba

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