Birame donne à Habi Rabah le destin qu’on lui avait refusé

Peut être une image de une personne ou plus, estrade et texte

https://www.facebook.com/share/p/1JdPv41ncR/?mibextid=wwXIfr

 

 

Birame donne à Habi Rabah le destin qu’on lui avait refusé

Il fut un temps où d’autres décidaient de ses journées, de son travail et de sa vie. Aujourd’hui, Habi Mint Rabah siège au Parlement mauritanien. Entre ces deux conditions, il y a des décennies de souffrance, une libération et cette rencontre entre une chance de sortir de l’asservissement et des hommes déterminés à l’y aider.

Habi est née dans l’esclavage, comme ses parents et ses grands-parents avant elle. Dans son témoignage recueilli en 2018 par la Fondation Thomson Reuters, elle racontait une enfance soumise au travail dès l’âge de cinq ans, puis de longues années de violences. La servitude constituait l’horizon qu’on lui avait imposé avant même qu’elle puisse imaginer un avenir.

C’est là toute la profondeur de son parcours. Pour beaucoup, le destin se construit à travers les études, les rencontres et les choix. Pour Habi, il avait été fixé par la naissance. Sa mère avait servi ; elle devait servir à son tour. Dans cet ordre de domination, une génération transmettait à la suivante une condition dont il semblait impossible de sortir.

Puis une brèche s’est ouverte. Son frère réussit à fuir et alerte des militants abolitionnistes. Cette démarche conduit à sa libération en 2008, avec l’aide du mouvement IRA. Derrière ce tournant, il y a le courage d’un proche, une alerte entendue et une mobilisation capable de donner une suite à cette alerte. Combien d’existences restent enfermées parce qu’aucune de ces circonstances ne se rencontre ?

On peut parler de chance, à condition de mesurer ce que ce mot recouvre ici. La chance d’Habi fut de trouver des relais pour faire reconnaître une liberté qui lui appartenait depuis toujours. Elle fut aussi de rencontrer un mouvement disposé à l’accompagner au-delà de sa libération, jusque dans la vie politique.

Biram Dah Abeid a joué un rôle majeur dans cette seconde étape. En soutenant sa candidature aux législatives de 2018, dans le cadre de l’alliance entre IRA et Sawab, il portait une idée forte : les victimes de l’esclavage devaient pouvoir défendre elles-mêmes leur cause dans les institutions. Habi devenait une militante appelée à représenter, à contredire et à demander des comptes.

Son entrée actuelle à l’Assemblée nationale, en remplacement de Mariem Cheikh Dieng, donne à cet engagement une portée nouvelle. La voie politique soutenue par Biram rejoint désormais la trajectoire personnelle d’une femme qui a poursuivi son chemin après la libération. Car une occasion, aussi décisive soit-elle, ne suffit pas à expliquer les années de militantisme qui suivent. Il faut aussi la volonté de s’exposer, de prendre la parole et de porter publiquement son histoire.

Le destin d’Habi bouleverse précisément parce qu’il aurait pu être tout autre. Sans la fuite de son frère, sans les militants alertés, sans cet accompagnement politique, aurait-elle un jour franchi les portes du Parlement ? Cette question donne à sa réussite une dimension douloureuse : elle invite à penser à celles dont personne ne connaît le nom et dont la vie attend encore une semblable ouverture.

Désormais, Habi peut s’adresser à ceux qui gouvernent. Lors de sa première intervention parlementaire, elle a évoqué les difficultés des habitants des quartiers de relogement, privés de services essentiels. Sa voix commence ainsi à relier une expérience personnelle de la privation aux besoins de citoyens qui attendent d’être entendus.

Dans ce destin bouleversé, le mérite revient à Biram Dah Abeid : il a contribué à rendre sa liberté à Habi, puis lui a ouvert une voie politique jusqu’au Parlement. Il a compris que son combat devait aussi permettre à celles et ceux que l’on condamnait à servir de prendre enfin leur place parmi ceux qui décident.

Laisser un commentaire

- Powered by WEB MG Records.com
Translate »