En Mauritanie, des militants anti-esclavagistes lourdement condamnés (La Croix)

Des anciens esclaves dans la banlieue de Nouakchott.

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Des anciens esclaves dans la banlieue de Nouakchott. / Rafael Marchante / Reuters

Treize militants de l’ONG anti-esclavagiste mauritanienne Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), accusés notamment d’« usage de la violence », ont été condamnés à des peines allant de trois à quinze ans de prison ferme, a annoncé jeudi 18 août la Cour criminelle de Nouakchott.

Les 13 membres de l’IRA ont été arrêtés entre fin juin et début juillet pour leur implication présumée dans une manifestation violente survenue lors du déplacement forcé par les autorités, le 29 juin, d’habitants du bidonville de Ksar à Nouakchott (ouest du pays). Un véhicule de la police avait été incendié et plusieurs policiers blessés, selon les autorités.

De lourdes peines

Ils étaient accusés de « rébellion, usage de la violence, attaque contre les pouvoirs publics, attroupement armé et appartenance à une organisation non reconnue ». Leur procès s’était ouvert le 3 août devant la Cour criminelle de Nouakchott, qui a prononcé les condamnations à leur encontre après environ huit heures de délibération.

Trois des militants, dont le chef d’une section de l’IRA à Sebkha, un quartier populaire de Nouakchott, ont écopé de 15 ans de prison ferme. Huit autres ont été condamnés à cinq ans de prison ferme, les deux derniers ne purgeront que trois ans en prison.

Ces membres de l’IRA ont été jugés en même temps que dix autres personnes arrêtées et inculpées pour les mêmes motifs qu’eux. Sur ces dix accusés – des habitants du bidonville déplacés –, six ont été condamnés à des peines allant de un à trois ans de prison ferme. Les quatre autres ont été acquittés.

> Lire aussi : la lutte contre l’esclavage, une pratique à haut risque

Les militants de l’IRA ont été condamnés en l’absence du collectif constitué pour leur défense, qui avait décidé il y a trois jours de se retirer du procès pour protester contre les tortures infligées, selon ces avocats, à leurs clients.

Depuis cette décision, le procès s’est poursuivi avec des avocats de la défense commis d’office. Ces derniers n’ont fait aucune déclaration après l’énoncé du verdict, et aucune indication n’était disponible sur un éventuel recours contre les condamnations prononcées.

En revanche, le collectif des avocats des militants de l’IRA a dénoncé le jugement lors d’une conférence de presse tard jeudi soir, expliquant que toute possibilité de recours leur a été refusée en raison de leur boycott.

Un « procès politique »

« La Cour a rejeté toute introduction de recours dans cette affaire invoquant le boycott des audiences par les avocats », cela signifie « qu’on n’est plus dans le cadre de la justice », a expliqué l’avocate Fatimata Mbaye.

Selon Me Brahim Ould Ebetty, le collectif des avocats se réunira prochainement « pour dégager une stratégie de défense » en faveur des condamnés, qui sera menée « à l’intérieur et à l’extérieur du pays ». Il n’a pas fourni de détails.

Des proches des accusés présents au tribunal ont aussi dénoncé un « procès politique », selon le terme de l’un d’eux. Ils ont rappelé que certains accusés ont été arrêtés à leurs domiciles et sans qu’ils se soient rendus sur le site des événements.

« Le gouvernement veut décapiter l’IRA, l’organisation la plus structurée de la société civile. »

« Aucun des militants n’a participé à cette manifestation, s’insurge Alioune Tine, directeur d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest à Dakar. Ce sont des prisonniers d’opinion. L’opposition politique a été réduite au silence en Mauritanie. Aujourd’hui, le gouvernement veut décapiter l’IRA, l’organisation la plus structurée de la société civile. »

Officiellement, la Mauritanie traque ceux qui s’adonnent encore à l’esclavage alors que la pratique y a été abolie il y a trente-cinq ans et est devenue un crime contre l’humanité en août 2015. Dans les faits, les militants de la lutte contre l’esclavage vivent des temps très difficiles sous le régime du président Aziz, ex-général qui a pris le pouvoir par un coup d’État en 2008.

Le président de l’association IRA, Biram Dah Abeid, ancien prix des Nations unies pour les droits de l’homme en 2013, en a lui-même fait les frais. Il a été libéré le 17 mai dernier, après avoir passé dix-huit mois derrière les barreaux.

La Croix (avec AFP)

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