Grève de la faim de Biram, Brahim et Djiby : l’administration pénitentiaire plie

Biram Dah Abeid Brahim Bilal RAMDHANE Djiby Sow

Après trois longs jours de grève de la faim et en dépit des mesures d’isolement strict, les détenus d’IRA, Biram, président et Brahim vice président ainsi que le président de Kawtaal, Djiby, ont réussi à faire plier le Procureur de la République et ont obtenu gain de cause sur toute la ligne. Désormais, les trois militants anti-esclavagistes pourront recevoir des visites de leurs amis et proches trois jours par semaine, accéder à des parties ensoleillées de la prison, pratiquer des activités sportives, écouter la radio et regarder la télévision. Plus important que tout, ils ont reçu l’assurance que leur dossier a été effectivement transmis à la cour d’appel de Nouakchott.

Le lundi 23 février 2015, Biram Dah Abeid, président d’IRA et Prix 2013 de l’ONU pour les droits de l’homme, Brahim Ramdhan Bilal, son vice président et Sow Djiby, président de l’ONG de défense des droits de l’homme Kawtaal entamaient une grève de la faim illimitée pour exiger la satisfaction de quelques doléances élémentaires qui firent l’objet d’une lettre envoyée quelques jour auparavant au Procureur de la République de la Région du Brakna.

En représailles à cette audace, le Procureur ordonna un isolement complet des trois détenus en leur retirant le poste de télévision qui les reliait au monde extérieur en notifiant à Madame Leila Mint Ahmed, épouse de Biram, la suspension du droit à visite au prisonnier dont elle était la seule à bénéficier.

Parallèlement à ces mesures punitives, l’Etat à actionné sa machine à dénigrement en lançant sur quelques sites électroniques une campagne de diffamation visant à présenter les grévistes de la faim comme étant des mécréants qui mettent leur vie en danger assimilant leur acte à du suicide et rappelant qu’un suicidé se mettait de lui-même en dehors de la communauté des Musulmans.

24 heures après le déclenchement de la grève de la faim, l’état de santé de Djiby Sow se mit à décliner à vue d’œil, obligeant l’administration à l’évacuer vers l’hôpital d’Aleg où les premières analyses mettaient en évidence une complication qui rendait sont transfert vers un hôpital de la Capitale une question de vie ou de mort.

Le lendemain, mardi 24 février, les grévistes reçurent la visite d’une délégation de l’Ordre National des Avocats (ONA), venue exprès de Nouakchott pour s’enquérir de leur état. Les avocats, après avoir constaté le haut moral des deux militants d’IRA et leur détermination à aller jusqu’au bout de leur démarche, les convinrent d’engager des négociations avec l’Administration pénitentiaire en vue de trouver une issue à la grève. Mais ce n’est qu’un jour après, c’est-à-dire après trois jours de grève de la faim aggravée par des conditions climatiques extrêmes, qu’un accord a été signé entre l’Administration et les militants d’IRA sous l’égide de l’ONA. Nous reproduisons ici la traduction de la lettre reprenant les termes de cet accord et adressée par les trois détenus au Procureur de la République.

Encore une fois, le courage physique, l’esprit du sacrifice et la détermination ont payé. Avec leur seule volonté, trois prisonniers d’opinion, isolés derrière d’épaisses murailles, empêchés de voir jusqu’à la lumière du jour et livrés aux caprices de geôliers peu délicats, ont pu obliger tout un Etat à tenir compte de leur humanité. Leur fragilité, leur vulnérabilité, le risque qu’ils puissent mettre leur vie en danger ont suffi à faire plier leurs geôliers et à arracher des droits qui, après tout, leur sont dus.

Courrier enregistré le 26/02/2015 sous la référence 15/2015

A Monsieur le Procureur de la République de la Région du Brakna

Objet : annonce de l’arrêt de la grève de la faim

Il est décidé d’arrêter la grève de la faim aujourd’hui, jeudi 26-02-2015 et ce à la suite de négociations avec Monsieur le Procureur de la République sous l’égide de l’Ordre National des Avocats (ONA). Ces négociations ont porté sur les revendications que nous avions fait parvenir dans notre précédent courrier.

A la suite de ces négociations, les points suivants font l’objet du présent accord :

1 – Nous avons été officiellement informés de la part du Procureur de la République que notre dossier a été reçu par la cour d’appel de Nouakchott et ce en date du mercredi 25 /02/2015 ;

2 – Un droit de visite est ouvert pour tous ceux qui souhaitent nous rendre visite et ce trois jour par semaine, à savoir les lundi, mercredi et samedi ;

3 – Le régisseur de la prison tiendra à notre disposition un téléphone qui nous permettra de contacter nos proches autant de fois que de besoin ;

4 – A partir du lundi 02 mars 2015 nous recouvrerons le droit de pratiquer des activités sportives et aurons accès à des zones ensoleillées de la prison.

Outre ces points, nous retrouverons les quelques faveurs qui nous étaient accordées avant la grèves (poste de télévision, radio…).

Biram Dah Abeid                                          Ibrahim Bilal                                        Djibi Sow

Fac-similé de la lettre des détenus adressée au Procureur de la République et comportant les points d’accord de sortie de la grève de la faim :

 Lettre 2

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